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Voir-ou-revoir

Mes visites d'expositions, de musées et autres lieux culturels.

Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Expositions à Paris

Enki Bilal est né en 1951. Grand auteur de BD, scénario et dessins.
Il expose dans la salle des "Sept cheminées" au Louvre vingt trois fantômes. Parmi les nombreuses photos d'oeuvres qu'il a pu prendre au Louvre le mardi (quelle chance d'être au Louvre le jour de fermeture!) il en a sélectionné 23. 
Les photos ont été tirées sur toile au format 50x60cm sur lesquelles Enki Bilal a peint à l'acrylique et au pastel des portraits de femmes, d'hommes ou d'enfants morts souvent violemment et qu'il appelle "fantômes". 
L'intérêt de cette série tient au texte qui est joint à chaque portrait. Passionnante histoire, biographie très précise (date, poids de naissance, caractère etc...)du personnage représenté, écrite avec humour  où se mêle l'imaginaire et la réalité de la vie du peintre ou de l'oeuvre qui sert de support. 

Le Louvre avait donné carte blanche à Enki Bilal avec toutefois l'exigence d'une oeuvre sur la Joconde et une sur la Victoire de Samothrace... on se demande pourquoi ?
Je ne donnerai pas dans cette article la totalité des écrits qui sont assez longs, mais pour que le visiteur ait une idée du ton et de la qualité de l'écriture je mets l'intégralité du texte le plus court d'Enki Bilal, pour les autres  j'ai fait un bref résumé (il est dommage de réduire les superbes textes d'Enki Bilal mais les images sans explication perdent aussi leur sens ...j'avais un dilemme..)

Courrez voir ce passionnant travail !! L'exposition se termine le 18 Mars.                                     MP
                                                                                          °°°°°°°°°°°°°°°°
Photos de l'article MP

TABLEAU DE FOND - La Contesse del Carpio, Marquise de Solana - vers 1793 - Goya
FANTOMES - Les jumeaux Regodesebes
"- Les jumeaux Regodesebes naissent dans la pauvreté à Neves, en Galice, en 1787, un mardi à 8h12 pour Juan et 8h15 pour José.
- Poids à la naissance 2,545g et 2,543g - taille 45,6 et 45,3 cm
- En bons jumeaux, ils partagent tout : jaunisse du nouveau né, varicelle, oreillons, rougeole, scarlatine, coqueluche, mais aussi angine carabinée, mucoviscidose, cardiopathie congénitale, scoliose du nourrisson (plus prononcée chez Juan) syndrome de Kawasaki avec ganglions cervicaux, maladie de Still, maladie de Reckinghausen (neurofibromatose), phobie, kleptomanie, Alzeimer naissante et enfin diverses allergies (acariens, gluten, pollen et surtout parents).
- Heureusement dès l'age de cinq ans ils se retrouvent livrés à eux-mêmes (père tué au cours de la guerre franco-espagnole dans les pyrénées et mère alcoolique).
- Aussitôt il se donnent pour but d'atteindre Madrid.
- Le voyage prend plus de deux ans (leur art de la kleptomanie leur sera plus d'une fois d'un grand secours)
- Ils arrivent sur place le 28 septembre 1795 à 18h56.
- Madrid quelle effervescence ! ils se tiennent par la main, s'engagent pour traverser leur première grande rue madrilène et, soudain, ils sont fauchés, comme ça, par une diligence pressée qui convoyait Maria Rita Barrenechea, comtesse del Carpio, marquise de Solana vers le théatre Royal (elle sortait avec retard de la dernière séance de pose pour le peintre renommé de l'époque, Francisco de Goya y Lucientes).
- Au moment où leurs âmes quittent leurs corps (18h47)juan pèse 16,987kg pour 97cm et José 16,134kg pour 95cm.
- Quant à la marquise, malade d'un cancer, elle mourra deux mois plus tard, à l'âge de 28 ans(1)(1m57 pour 49kg). On dit que le remords y fut aussi pour quelque chose."
(1) - Enki Bilal note 28 ans dans d'autres sources il est dit 38 ans
les-jumeaux.JPG

TABLEAU DE FOND - Saint Louis, roi de France et un page -1588 - Le Greco -  
FANTOME - Analia Avellaneda
Analia Avellaneda est une jeune femme de Tolède, elle rencontre à 19 ans un artiste qui l'introduit dans l'entourage du Greco. Elle  met au point pour lui un vert à partir du resinate de cuivre qu'il
 utilise pour la "Spoliation du Christ" de la cathédrale de Tolède. Jeromina Cuevas, femme du Greco, jalouse, soupçonnant une liaison, exige le départ d'Analia. Analia travaille pour d'autres ateliers et en 1588 elle met accidentellement au point un vert dont la lumière n'a pas d'équivalent. Elle demande à revoir le Greco, il est en train d'achever le portrait de St Louis. Le pigment magique semble le satisfaire. Il en commande davantage. Trois jours plus tard en manipulant le resinate de cuivre avec des produits "pas toujours catholiques" Analia perd connaissance. L'atelier où se trouve des réserves de térebenthine s'embrase. Certains disent suicide... d'autres jalousie de Jeromina ?

analia.JPG

TABLEAU DE FOND - Les ombres de Franscesca Da Rimini et de Paolo Malatesta apparaissent à Dante et Virgile - détail - 1855 - Ary Scheffer
FANTOME - Franscesca Da Rimini
Bella de Montefalco se retrouve seule avec sa mère, son père a été assassiné. Dans le besoin elles trouvent un protecteur Guido da Polenta qui épouse sa mère.  Une petite fille nait : Franscesca, aussi belle que Bella est laide. A 16 ans Franscesca fait tourner la tête de tous les garçons dont celles des deux frères Malatesta. L'un très beau, Paolo, l'autre difforme, boiteux mais riche, Gianciotto. Le 13 Juin 1275 Francesca épouse Gianciotto et Bella tombe amoureuse de Paolo. Elle le retrouve en 1285 lors d'une fête de famille... elle s'évanouit. La nuit, malheureuse, elle longe un corridor et aperçoit Franscesca et Paolo serrés l'un contre l'autre. Desespérée elle se retrouve au niveau de la cuisine avec Gianciotto qui a une fringale nocturne. Elle tend le doigt vers le couloir puis s'enfuit. Gianciotto armé d'un couteau se rue sur son frère et sa femme enlacés dans un premier et dernier baiser. Bella ne lira pas cent quatre vingt sept ans plus tard la Divine comédie de Dante, elle ne verra pas non plus le tableau de Scheffer.
Franscesca

Tableau de Scheffer1835_Ary_Scheffer_-_The_Ghosts_of_Paolo_and_Francesca_Appea.jpg

TABLEAU DE FOND - Le retour de Marcus Sextus - détail - 1799 - Pierre Narcisse Guerin
FANTOME - Arjuna Asegaff
Arjuna nait dans les cales du navire Centaure au large des Indes. Sa mère meurt en la mettant au monde. A deux mois et demi on la débarque à Bordeaux et elle entre au couvent des Annonciades où l'on fabrique les gâteaux caramélisés au goût de rhum appelés "cannelés". La révolution de 1789 chasse les soeurs du couvent réquisitionné. Arjuna est emmené à Paris et travaille chez des boulangers qu'elle initie aux cannelés. Elle est jolie, ses traits asiatiques attirent les regards, elle devient modèle et est admise à l'Académie royale de peinture où son corps inspire le jeune Guérin (il a 24 ans). Guérin a en projet une oeuvre de grande dimension et Arjuna prend la place du modèle présenti pour figurer la femme expirée. La répudiée du tableau et celle qui joue l'éplorée au pied de Marcus digérent mal son intrusion. Le jour des premières séances de pose Arjuna ne vient pas. Elle a été empoisonnée.
arjuna.JPG85976.jpg

TABLEAU DE FOND - Autoportrait de Dürer - 1493 - Albrecht DURER
FANTOME -Melencolia Hrasny (référence à la gravure de Dürer 1514)
Dürer à 6 ans, lors d'un goûter chez son parrain il se prend les pieds dans un tapis et tombe dans les bras de la petite Melencolia. Sept ans plus tard ils sont les seuls rescapés d'une barque qui chavire. Ils ne se quittent plus. Ils dessinent ensemble. A 14 ans Melencolia révèle des capacités hors normes pour les mathématiques. 1489 ils posent l'un pour l'autre. Albrecht  est définitivement amoureux et se met à l'algèbre. Départ exigé pour le compagnonnage, mariage prévu avec Agnès Frey, dispute avec Melencolia et rupture. Melencolia ne s'en remettra pas et entre dans les ordres en 1505 sur un coup de tête. En 1493 Dürer fait un de ses premiers autoportraits mais s'inspire du croquis que Melencolia a fait quelques années plus tôt. En hiver 1514 Melencolia décide de mourir, la même année le même hiver Dürer réalise une gravure, l'ange assis a les traits de Melencolia. 
melencolia.JPG

475px-Melencolia_I_-Durero-.jpg

L'OEUVRE EN FOND - Code de Hammurabi, roi de Babylone - Basalte - 1750 av. JC
FANTOME - Enheduana Arwi-A
Fille d'esclave, orpheline des dix ans, Enheduana est recueillie par un vieux scribe qui la fait passer pour sa fille. Ses capacités à apprendre, écrire et graver des tablettes sont remarquables. A 18 ans elle épouse Aham-nishi, médecin du roi Hammurabi. Elle participe (cas inédit pour une femme) à la gravure (et dit-on à la rédaction) du code de Hammurabi sur la stèle du même nom en 1749 av. JC. Cinq ans plus tard son passé d'esclave ressurgit, elle est chassée par son mari et quitte Sippar. Lors du tremblement de terre de Rapiqum son corps est découvert dans un temple écrasé sous les pierres.
Enheduana.JPG

EN FOND - Photo de la Grande Galerie du Louvre
FANTOME - Colonel Markus Dudke
Markus nait en Autriche. Capacités pour le dessin et le chant. A seize ans il visite le Louvre. Rentré à Munich il rencontre un artiste dont les paysages le subjuguent : Adolphe Hitler. Dudke tout comme Hitler est recalé aux Beaux-arts et est orienté dans l'armée. En 1921 il épouse Marta dont il a 2 filles (une meurt d'une méningite foudroyante). Anticommuniste et antisémite Dudke se rapproche du parti nazi, participe à la Nuit de Cristal (1938). Il est blessé à la jambe au front de l'est. 1945 : il pleure la mort d'Hitler. Sa femme et sa fille disparues sont probablement mortes lors d'un bombardement. Le 31 décembre 1947 il se laisse enfermer la nuit dans la Grande Galerie et se tire une balle dans la tête.  

colonel-markus-Dudke.JPG

TABLEAU DE FOND - LE BOEUF ECORCHE DE REMBRANDT - 1655
FANTOME - Willem Tümpeldt
Né à Amsterdam en 1610, fils d'un veuf coutelier, Willem mène une vie paisible. A huit ans il dérobe un couteau dans la boutique. Adolescent il apprend l'art de la coutellerie et effectue des livraisons de viande avec son camarade Johan fils d'un boucher. Sa collection de couteaux grandit. Pris en flagrant délit de vol il est blessé par son père et s'enfuit. On le retrouve soldat dans l'armée suédoise puis au côté des français. Il prend gout au sang. En 1648 à la bataille de Lens il est blessé à la tête. 1654 retour à Amsterdam. Il traîne dans les milieux de la boucherie et de l'équarrissage. Violent rapport avec Johan. En 1655 il rencontre Rembrandt à la recherche d'une carcasse de bovin. Il en ouvre une pour lui suspendue dans une grange. Tümpeldt est fasciné. Le tableau fait scandale. Tümpeldt fait revenir Rembrandt dans la grange : une carcasse d'homme est suspendue (Johan ?). Fin 1655 le corps de Willem Tümpeldt est découvert dans une arrière cour de boucherie coupé en morceaux.
willem-Tumpeldt.JPG

Pour finir, mon préféré :
LE FOND - Casque de type Corinthien - VIe avant JC. Bronze
FANTOME - Hecube
Hecube, fille supposée de Silas nait dans le tout dernier soupir de sa mère. Deux nourrices s'occupent d'elle. Turbulente et bagareuse Hecube pratique l'athletisme. A huit ans (683 av.JC) elle est embrassée sur la bouche par un garçon, elle n'aime pas ça. A dix ans elle tombe amoureuse d'Aphrodite. Au cours de ces années Pheidon, tyran qui règne sur Argos prépare de nombreux jeunes guerriers. En 674 av. JC, Hecube, qui se fait appeler Xanthos, enfile  un casque Corinthien. Au cours d'une expédition Hecube-Xanthos est violée. Elle s'échappe et après errance réaparaît à la bataille d'Hysiai, en 669 av. JC, sous le nom de Diomidis. C'est son dernier combat. Gravement blessée au cou elle est embarquée sur un navire sanitaire qui finit par couler au large des côtes du Péloponèse. On dit qu'au moment où le bateau sombrait, un jeune soldat, visage caché par un casque de type corinthien se mit nu à l'avant de la proue dévoilant le corps androgyne d'une jeune fille.

Hecube.JPG

Présentation du Casque corinthien
hecube2

Un livre comportant la totalité des oeuvres et des textes a été publié chez Futuropolis- en vente à la Fnac et sur Amazon - 25 €..


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Publié le par voir-ou-revoir
Publié dans : #Expositions à Paris

GRAND PALAIS à PARIS - Janvier 2013

Passionnante cette exposition sur "Les bohèmes". Un parcours  se déploie en méandres, telle une errance, on y trouve des chefs-d'oeuvre peints, dessinés ou gravés, représentation des "bohémiens", musiciens, chiffonniers etc qui forment la bohème des rues. Puis on monte à l'étage par le grand escalier après avoir franchi le palier dédié à la bohème musicale. La scénographie de l'étage nous parle de la "vie de bohème" des artistes de la fin du XIXe siècle, vétusté des ateliers et nouvelles académies de peintures. Une salle est dédiée à la rencontre de Verlaine et Rimbaud. Ensuite on entre dans un décor de café, lieu d'ancrage des artistes bohèmes. J'ai beaucoup aimé la scénographie de Robert CAREN, également scénographe de théatre et d'opéra. Il fallait un prodigieux talent pour rendre compréhensible ce théme difficile. Le parcours étonne et émerveille jusqu'au choc final d'une réalité dans la dernière salle, allusion à l'"art dégénéré", au rejet des artistes modernes attachés aux Tsiganes, et à l'errance de ces derniers interrompue tragiquement.
MP

ORIGINE DE LA "VIE DE BOHEME"
En 1684, le Dictionnaire de l'Académie réunit "bohème" et "bohémien" pour décrire une "sorte de gens vagabonds, libertins qui courent le pays, disant la bonne aventure au peuple crédule et dérobant avec beaucoup d'adresse". Le Grand Dictionnaire universel de Pierre Larousse (1866-1876) cite plus longuement "nom donné par comparaison avec la vie errante et vagabonde des Bohémiens, à une classe de jeunes littérateurs, ou artistes parisiens, qui vivent au jour le jour du produit précaire de leur intelligence".
Un poème de Pierre-Jean de Béranger (1780-1857) "Les Bohémiens" serait  à l'origine du rapprochement :

"/...Gais bohémiens, d'où venez-vous ?
/...Sans pays, sans prince et sans loi,
Notre vie doit faire envie.
/...l'homme est heureux un jour sur trois
/...Vie errante Est chose enivrante
/...Car tout voir c'est tout conquérir
/..Oui, croyez-en notre gaîté,
le Bonheur c'est la liberté".
Mais c'est de George Sand, qui achève son roman La Dernière Aldini (1838) par "Vive la bohème" que viendrait  l'expression "vie de bohème".

En 1857, Charles Baudelaire suggere à travers sa poésie "Bohémiens en voyage" des Fleurs du Mal, une analogie avec les poètes. Il s'inspire des deux premières gravures de la série AEgyptiens de Jacques Callot, évocation graphique de ce que Baudelaire appelera plus tard "bohémianisme".
"La tribu prophétique aux prunelles ardentes
Hier s'est mise en route, emportant ses petits
Sur son dos, ou livrant à leurs fiers appétits
Le trésor toujours prêt des mamelles pendantes./...."

MAIS QUI SONT LES BOHEMIENS ?
Entre 1400 et 1560, la pression ottomane déclenche un flux migratoire des Etats chrétiens du Levant, auquel appartiennent les tsiganes médiévaux AEgyptioni sive Zingari ou Cingari seu AEgyptiaci. Cette population migre vers les iles de la méditerranée, l'Europe entière jusqu'en Scandinavie puis vers les iles britanniques. A partir du XVe siècle les Zingari sont bien intégrés en Italie et en Espagne, ils ne sont ni marginaux, ni nomades. Mais après le concile de Trente (1545-1563) les Zingari connaissent une période de répression avec la mise à l'index des arts divinatoires. Dans la seconde moitié du XVIIe des édits de répression se multiplient dans toute l'Europe. En 1910 et 1930 la très grande majorité des Etats européens adoptent une législation nationale imposant aux concitoyens qualifiés de"tsiganes" un enregistrement familial dans des fichiers anthropométriques, photographiques et généalogiques, ce qui explique l'amplitude du génocide nazi facilité par ces fichiers.

L'IMAGE DES BOHEMIENS
Nombreux sont les peintres qui se sont inspirés des bohémiens. Pour les plus connus, ceux qui ont exposé au Salon entre 1801 et 1883, on compte trois cents oeuvres, en majorité peintes, mettant en scène des bohémiens, Gitans, Tsiganes, vagabonds, etc. Un contact s'est donc établi entre artistes et bohémiens, et il y a même identification lorsque l'artiste se représente lui-même en vagabond
Quels messages veulent nous transmettre les peintres ?

- un message moral : la bohémienne est l'opposée de l'honnête femme, elle joue, elle vole, elle prédit l'avenir, elle se prostitue parfois. Elle peut être représentée vieille mais aussi jeune et belle en séductrice.
- un message intemporel : fixer sur la toile le caractère de ce peuple que l'on retrouve dans tous les coins du monde, symbole de la nature et de la liberté.
Alors même que l'Etat instaure la police du vagabondage, artistes et écrivains valorisent l'errance et considère le vagabondage cmme un exercice indispensable à leur art.

LA BOHEME MUSICALE
La musique permet de comprendre un peu mieux les confusions qui se font entre "tsigane" "bohémiens" et "hongrois". Depuis le XVIIe un "bohémien" désignait un nomade que l'on supposait venu d'orient et installé en Bohême (Europe centrale). Musique tsigane et bohémienne étaient donc confondues. La musique bohémienne désigne aussi bien les Tsiganes de l'Est que du centre de l'Europe, les Gitans d'Espagnes (gitanos) ou encore les "gipsy" des iles britanniques. Cette musique bohémienne ne doit pas être confondue avec les musiques traditionnelles des Roms de  Hongrie qui possèdent un répertoire en grande partie vocal.
La musique appelée tsigane, musique instrumentale apparue en Hongrie dans la seconde moitié du XVIIè provient du répertoire de musique nationale hongroise, d'abord les verbunkos puis les csardas.
Les premiers orchestres tsiganes apparaissent à Vienne avant 1780 jouant des morceaux de danses appelées Hongroises.
Haydn sera un des premiers grands maîtres à utiliser les verbunkos dans ses partitions : "Menuet à la Zingarese" ; puis Verdi, Bizet, Liszt, Brahms (Il Trovatore, Carmen, Rondeau fantastique, Danses hongroises).
Puccini créera "La bohème" d'après le livre d'Henri Murger "Scènes de la vie de bohème" en 1851. Henri Murger, bohème miséreux profitera peu du succès de son livre et décèdera à l'hopital dans d'atroces conditions.
Mais tous les bohèmes ne se ressemblent pas, certains avaient de l'argent, une santé robuste, un talent reconnu immédiatement ; d'autres miséreux à leur début connaissaient un jour le succès et oubliaient bien vite leur ancienne condition.

LA BOHEME LITTERAIRE
On la retrouve avec Eugène Sue, Balzac, Baudelaire, Dumas père, Victor Hugo.
Contrairement à Murger, la génération de Verlaine a suivi un cursus classique et choisi la sécurité, professorat, emplois à l'Hotel de Ville. Elle privilégie la poésie, publie à compte d'auteur, se groupe dans des petites revues (Le Parnasse contemporain). Verlaine collabore au "Hanneton" journal satirique, y publie quelques-uns de ses poèmes.Marié et bientôt père, la vie de Verlaine bascule avec l'arrivée à Paris en septembre 1871 de Rimbaud âgé de 16 ans. Dans son tableau "Coin de table" en 1872, Fantin-Latour nous montre Verlaine et Rimbaud à l'écart, en marge, leur liaison commence à s'ébruiter. Verlaine fuit avec Rimbaud, errance en Belgique, en Angleterre. Puis la prison pour Verlaine, après le coup de feu sur son amant, marque la rupture avec sa vie antérieure. Il deviendra "le bohème", la bohème étant représentative de sa jeunesse. Après d'autres errances Verlaine rejoindra Paris en 1882, semi-clochard, alcoolique,allant d'hotel garni en hopital, il meurt à 51 ans d'une congestion pulmonaire.
Rimbaud n'écrira son oeuvre qu'entre 15 et 20 ans, ensuite il choisira une vie aventureuse voyageant jusqu'en Ethiopie. Il décède à 37 ans.

LA BOHEME DES CAFES
Le café est donc l'ancrage du déclassé ou du vagabond. On y boit, on s'y réchauffe, on y mange, on s'y retrouve entre artistes.
D'abord le territoire est à Montmartre : Le café Guerbois, rue des Batignolles, rendez-vous de Manet et ses amis ; au pied de la butte, Le chat noir, qui reste le symbole de la bohème. Un autre repère, Le  lapin Agile, les piliers y sont Utrillo, Valadon, Mac Orlan, Roland Dorgelès, Francis Carco, Picasso.
Dans les années 1860 la bohème artistique émigre sur la rive gauche, notamment à Montparnasse. A la Closerie des Lilas on retrouve Cezanne, Zola, Théophile Gautier, Baudelaire.
Au début du XXe les artistes déménagent, voyagent, Picasso se partage entre Paris, Madrid et Barcelone ou le point de ralliement des artistes est le cabaret "Els Quatre gats" créé en 1897.

L'Art dégénéré (La nuit des Roms)
Quatre artistes de l'avant-garde allemande jouent un rôle important par leurs oeuvres consacrées aux Tsiganes : Emile Nolde, Otto Mueller, Auguste Sander et Otto Pankok. Pour ces artistes les gens du voyage évoquaient, comme il a déjà été dit, l'autonomie, la résistance aux valeurs bourgeoises, la marginalité, donc la liberté.

Otto Mueller, autre peintre allemand, doit à son cousin Carl Hauptmann d'être  associé aux Tsiganes. Celui-ci l'a mis en scène sous l'identité fictive de son personnage de roman : Einhart en 1907. Hauptmann décrit Einhart comme un artiste bohème, fils d'une tsigane, cachant sa médiocrité sous des dehors excentriques, artiste égoïste, impulsif, alcoolique et "dégénéré".
 Les oeuvres de Mueller, dont plusieurs peintures de tsiganes, figureront à l"Exposition de l'art dégénéré" organisée à Munich en 1937 pour illustrer la dépravation du modernisme en art.
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L'exposition se termine sur des bohémiens de Mueller. Oeuvres  qui nous ramène à une réalité glaçante : sur environ un million de Tsiganes vivant en Europe avant la guerre, au moins 220.000 auraient été tués.
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Le catalogue de l'exposition est magnifique et extrêmement documenté, les images sont de belle qualité. "BOHEMES - De Leonard de Vinci à Picasso" - Edition des Musées nationaux -

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Homme trompé par des Tsiganes - Léonard de Vinci - 1493
un homme trompé par des tsiganes 1493 leonard de vinciLa petite Bohémienne - 1505 - Boccaccio Boccacino
La petite bohemienne vers 1505 - Boccaccio Boccaccino l'AncAvant 1600 <- Jan Van de Venne - campement de bohémiens
Jan van de Venne - avant 1600 campements de bohém-copie-1Jacques Callot - Bohémiens en marche - 1621
callo - bohémiens en marche 1621La diseuse de bonne aventure - Watteau
watteau la diseuse de bonne aventure 1710Rodolphe Besdin - 1822 - mansarde d'artiste
rodolphe besdin une mansrde d'artiste 18221885Attribué à Delacroix - 1830 - coin d'atelier
attribué à delacroix - coin d'atelier 18301849 - Louis Gallais - Art et liberté

Louis Gallait art et liberté 18491862 - Manet - les gitanos
manet les gitanos 1862
1873 - Jef Rosman - Rimbaud blessé
jef rosman 1873 rimbaud blessé1865 - Corot - Zingara au tambour basque
corot zingara au tambour basque 1865Fantin-Latour - le coin de table - 1872
Latour 1






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